Efforts de stabilisation

Paroles de Syriens fuyant Raqqa – Visions d’un avenir sans daech

Après avoir fui de la ville de Raqqa contrôlée par daech, plusieurs groupes de Syriens ont parlé de la façon dont daech pervertissait l'esprit des enfants vivant sous son contrôle et restreignait l'accès au monde extérieur pour les civils. À la fin du mois d'octobre [2016], la Coalition mondiale a réussi à parler à six hommes et six femmes qui venaient juste de s'enfuir et d'arriver en Turquie. C'était l'occasion d'obtenir des informations importantes sur la façon dont la population civile était traitée dans la ville, mais aussi d'entendre les espoirs des habitants de Raqqa. Ayant vécu les atrocités du quotidien sous le joug de daech, ces civils aspirent à un avenir meilleur pour Raqqa. Mais avant tout, ces hommes et ces femmes ont exprimé leur désir de justice, d'un accès libre aux informations et d'une éducation normale pour leurs enfants.

L’espoir d'une meilleur gouvernance

Raqqa a été prise par daech en janvier 2014. Malgré presque trois ans d’une vie régie par la version brutale de la charia imposée par l’organisation, les civils ayant réussi à fuir la région réfléchissent déjà à ce qui sera nécessaire pour remettre leur ville sur pied. Tout commence par la libération de la ville. « Ceux qui libéreront Raqqa devront respecter l’ensemble de sa population, les Sunnites tout comme les Kurdes », a déclaré Hashem, un jeune Raqqawi qui a récemment fui la région.

Les habitants de Raqqa sont particulièrement empressés de discuter de ce qui doit être mis en place après la libération en elle-même. « Les gens devraient gouverner la ville, ses dirigeants devraient être élus par le peuple », a déclaré Ali, un autre homme de la région. Les habitants ont également des idées précises sur ce dont ils ont besoin. « Nous avons déjà l’eau et l’agriculture », a déclaré Umm Hasan, une mère de Raqqa. Elle a ajouté : « Aujourd’hui, nous avons besoin d’écoles et d’hôpitaux avec des médecins qualifiés. »

Il est également évident que la population de Raqqa aura besoin de beaucoup d’aide extérieure pour que les choses reviennent à la normale. « Nous aurons besoin d’aide pour rétablir les services publics de la ville », a déclaré Hashem. « Le Croissant-Rouge pourrait aider à rétablir les services médicaux et les organisations internationales peuvent aider à reconstruire les écoles. » Umm Hasan a ajouté que la ville aurait besoin du retour de nombreuses personnes compétentes : les cadres qualifiés, les entrepreneurs, le personnel médical et les enseignants.

L'importance de médias libres et fiables

Trois années sous le régime de daech ont considérablement restreint l’accès aux informations fiables qui proviennent de l’extérieur de la ville. La radio Bayan de daech est plus ou moins la seule source d’information et elle ne diffuse que la propagande de l’organisation. Comme Ali l’a signalé, Internet est très étroitement contrôlé : « Quand vous vous rendez dans un cybercafé, vous êtes constamment surveillé. La hibsa [la police des mœurs de daech] contrôle ce que vous faites et vous signale si vous avez consulté quelque chose que vous n’êtes pas censé lire aux yeux de leur loi. » Daech pratique également des différences de traitement – deux poids, deux mesures. Le mari d’Umm Hasan a été arrêté en possession d’une télévision et condamné à payer 50 000 SYP (environ 100 $) et à recevoir 32 coups de fouet. « Ils disent que c’est illégal, mais nous savons que les membres de daech ont une télévision dans leurs maisons », a commenté Umm Hasan.

Mais les gens de Raqqa disent les médias seront cruciaux pour changer l’opinion publique après la libération de leur ville. « Les gens ont besoin d’accéder librement aux médias sociaux et à la presse », a déclaré Hashem. Il a ajouté : « Nous avons besoin des médias pour faciliter la réconciliation et les personnes qui ont rapporté les nouvelles sur le terrain pendant la guerre sont les mieux placées pour le faire. »

Aider les enfants à avoir une enfance normale

Comme dans tous les conflits, les enfants sont les plus vulnérables. « Nos enfants ont vu les bombardements. Ils ont dû écouter des adultes parler de châtiments et de décapitations, et ils ont été forcés à regarder les exécutions publiques », a déclaré Maha, une autre mère de Raqqa. Elle a ajouté : « Ils imitent les adultes en portant des jouets représentant des armes et en criant des choses comme : « je vais te massacrer ! » quand ils jouent ensemble. »

Selon les habitants de Raqqa, l’éducation est ce qui aidera leurs enfants à oublier le lavage de cerveau qu’ils ont enduré dans les écoles de daech – et aussi les horreurs de la guerre. « Nos enfants ont besoin qu’on leur enseigne à nouveau des choses utiles comme les mathématiques, la physique et les langues étrangères comme l’anglais et le français », a déclaré Maha. Elle a également ajouté : « Mais ils ont aussi besoin de parcs et de profiter de leur enfance en jouant ensemble et en passant du temps dans la nature ». Tous conviennent que les enfants auront besoin de temps pour se sentir à nouveau normaux et en sécurité.

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Le désir d’avancer et de reconstruire leur ville est en effet le thème central des personnes qui ont fui Raqqa ou toute autre région touchée par le régime brutal de daech. Ces récits montrent que, même après trois années d’horreur, la population civile conserve encore la capacité d’imaginer un avenir meilleur pour leurs enfants et eux-mêmes – et de faire preuve de créativité pour imaginer les mesures nécessaires pour y parvenir. Il sera donc nécessaire d’écouter ces voix pour reconstruire la Syrie et les régions de l’Irak qui ont souffert sous le régime de daech.