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Destruction de Nimroud par daech: un cime de guerre?

Le mois dernier, des experts de l’UNESCO on visité la ville de Nimroud en Irak afin de determiner les dommages causés par daech. Pourquoi ce site est-il si important et que fait la communauté internationale pour le préserver?

Le 12 novembre dernier, les Forces irakiennes ont libéré la ville de Nimroud de l’emprise de daech dans le cadre de leurs opérations de reprise de Mossoul. Nimroud fut l’une des principales villes assyriennes entre 1350 et 610 av. J.-C. et l’un des trésors archéologiques majeurs d’ Irak. La ville a été classée site archéologique entre 1845 et 1879, et depuis 1949. En avril 2015, daech a diffusé une vidéo dans laquelle le groupe procédait à la destruction systématique du patrimoine culturel de la ville, comme l’organisation l’avait déjà fait dans d’autres villes lors de sa campagne d’invasion en 2014 et de l’établissement de son soi-disant califat en Irak et en Syrie. L’archéologue Layla Salih est tombée amoureuse du site à l’age de 14 ans et faisait partie de l’équipe chargée de la preservation du site. Elle fut dévastée quand elle pris la mesure des destructions perpétrées par daech dans la ville. “J’essaie de retenir mes larmes” déclara t-elle sans pour autant y parvenir. “C’est si triste. Je suis sans voix.”

Fanatiques ou voleurs?

Selon le National Geographic, daech détruit le patrimoine culturel afin d’établir sa légitimité en tant qu’héritier des “destructeurs d’idoles,” à l’image des prophètes Abraham et Mohammad. La publication cite notamment des membres de daech affirmant que ces destruction sont justifiées sur le plan religieux: “Notre prophète nous a ordonné de détruire les idoles,” et “les ruines qui se trouvent derrière nous sont remplies d’idoles et de statues que les habitants du passé adoraient à la place d’Allah.”

Ces justifications religieuses ne semblent cependant pas totalement sincères. D’autres comptes-rendus suggèrent que daech a procédé à la vente d’objets archéologiques afin de financer ses activités en Syrie et dans le nord de l’Irak, poussant le Conseil de Sécurité des Nations unies à interdir le trafique d’antiquités avec daech en février 2015.

Initiatives internationales.

Selon l’initiative pour l’heritage culturel de l’ASOR – une initiative conjointe entre l’American School of Oriental Research et les membres de la coalition mondiale – plusieurs centaines de sites culturels majeurs ont été détruits depuis 2011 en Syrie et dans le nord de l’Irak. 

Ces actes d’épuration culturelle ont été dénoncés par le directeur-général de l’UNESCO. Mlle Bokova a déclaré: “ces destructions sont assimilables à des crimes de guerre et lUNESCO compte faire tout ce qui est en son pouvoir pour lister les dommages commis afin que ces crimes ne restent pas impunis.”

Des travaux sur le terrain sont en cours afin d’évaluer l’ampleur des destructions et l’UNESCO compte intensifier ses actions dans le cadre de son plan d’urgence en Irak. L’institution est également en train de renforcer ses activités éducatives dans le cadre de sa campagne #unite4heritage actuellement menée dans des camps de déplacés internes à Erbil et dans des écoles à Baghdad, afin de sensibiliser la jeunesse à l’importance de préserver le patrimoine culturel. 

Les 2 et 3 décembre dernier, la conférence internationale pour la “sauvegarde du patrimoine culturel en zones de conflit” a eu lieu à Abou Dhabi sous l’égide de l’UNESCO et de l’initiative lancée par le prince héritier des Emirats Arabes Unis, Sheikh Mohammed bin Zayed al-Nahyan et du président François Hollande.

En 2015, l’UNESCO a adopté une stratégie mondiale pour la protection de la culture et du pluralisme dans les conflits armés et a en plus établi un fond d’urgence visant à financer des programmes de prévention et de restauration. L’organisation a également annoncé la création d’un fond complémentaire administré depuis Genève  et une première contribution française de 3 millions d’euros. Ce programme international est le “pendant culturel de la lutte politique et militaire contre le terrorisme” selon le président Hollande. Cette “Alliance des peuples” permettra notamment de sauvegarder le patrimoine à risque, de financer sa restauration et de lutter contre le traffic d’antiquités.

Au sein de la Coalition, le Groupe de Financement anti-daech dont la co-présidence est assurée par l’Italie, l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis oeuvre à la lutte contre le trafic d’objets archéologiques. Ce groupe travaille en cooperation avec les différents membres de la Coalition pour mobiliser les forces de l’ordre et les collectionneurs d’art du monde entier et encourager une plus grande vigilance à l’encontre des biens culturels resultant des pillages de daech.

D’autres initiatives pour sensibiliser la population aux destructions engendrées par daech incluent notamment la reconstruction de l’arche romaine monumentale de Palmyre. Cette reconstruction est le fruit du travail d’experts de l’Institut d’Archéologie digitale (IDA) de l’Université d’Oxford qui se sont servis de la technologie d’impression 3D. La nouvelle structure, construite en Italie et composée de marbre égyptien, a été exposée dans de nombreuses villes du monde entier dont Londres, Venise, Dubai et New York. L’IDA compte a terme reconstituer l’arche à Palmyre.